Tuer les loups ? Le WWF a une meilleure solution

Tuer les loups ? Le WWF a une meilleure solution

La majorité des habitant·es des zones rurales européennes sont favorables au maintien du statut de protection du loup

Bruxelles, 20 décembre 2023 – La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé aujourd’hui aux États membres de l'UE de fragiliser le statut de protection du loup, et ce malgré l’absence de données scientifiques justifiant une décision aussi radicale. Le WWF appelle les États membres de l’UE, dont la Belgique, à rejeter cette proposition. Il existe des méthodes bien plus efficaces pour cohabiter de manière apaisée avec le loup. 

L'initiative de la présidente de la Commission européenne, motivée par des fins purement politiques, va également à l'encontre de l'opinion publique. Elle contraste fortement avec une enquête récemment publiée, portant sur les perceptions des habitant·es des zones rurales concernant la coexistence avec les grands carnivores, tels que les loups. La majorité des habitant·es de ces zones rurales européennes estiment que les loups doivent être strictement protégés. 


Pour modifier la Convention de Berne – ce qui est proposé ici par Mme von der Leyen – une décision du Conseil est nécessaire, avec une majorité qualifiée d'États membres de l'UE qui soutienne la proposition de la Commission. 


La Belgique, qui assurera la présidence du Conseil de l'Union européenne pendant six mois à partir du 1er janvier, aura donc une responsabilité importante dans cette prise de décision. 

Emma la louve 

La Belgique peut également s’attendre à l’arrivée de nouveaux loups dans un avenir proche. Au début du mois, nous avions ainsi appris que la louve Emma, près d’Anvers, avait un partenaire. En effet, elle est aperçue depuis peu accompagnée d'un loup mâle, avec lequel elle se déplace dans la zone des Noorderkempen, en province d’Anvers. Après une longue période d'absence, il y aurait aujourd'hui environ 25 loups dans notre pays, dans le Limbourg, les Hautes Fagnes et à Anvers.   


Ce retour du loup provoque parfois des tensions, étant donné qu’il lui arrive de s’attaquer aux animaux d’élevages. De telles attaques ont déjà eu lieu en Flandre et en Wallonie, mais aussi dans d'autres régions d'Europe. Cela signifie-t-il pour autant que les populations rurales européennes préfèreraient que les loups disparaissent d’Europe ? Ou qu’abattre des loups est la meilleure stratégie pour faire face à ces risques ? La réponse à ces deux questions est non. 

Protection stricte

Une nouvelle étude réalisée par Savanta pour Eurogroup for Animals en novembre 2023 auprès des populations rurales de 10 pays européens, dont la Belgique, montre que 72% des personnes interrogées sont convaincues que les grands carnivores méritent d’avoir leur place dans l'UE. 

Un loup dans le Limbourg, Belgique (août 2023). © Michael Moens

Près de 7 personnes interrogées sur 10 (68%) préconisent le maintien du statut de protection stricte des grands carnivores, y compris des loups. 65% des agriculteurs et des agricultrices soutiennent eux aussi cette protection stricte, tout comme 61% des propriétaires de moutons. 66% des personnes interrogées souhaitent vivement que les décideurs et décideuses, y compris au niveau européen, donnent la priorité à la préservation de la biodiversité et des grands carnivores. 

Des mesures existent

La grande majorité des personnes interrogées (75%) considère que les éleveurs et les éleveuses devraient faire usage des mesures disponibles pour protéger leurs animaux contre les grands carnivores. L'une de ces mesures est l’installation de clôtures dissuasives pour les loups, les empêchant d’atteindre les troupeaux. C’est dans ce cadre que le WWF a créé la Wolf Fencing Team Belgium il y a quelques années, en collaboration avec Natuurpunt et Natagora. Cette initiative vise à de proposer des solutions permettant la coexistence avec le loup. 

« La Wolf Fencing Team a déjà aidé plus de 1.000 éleveurs et éleveuses en Belgique, notamment via des conseils, et les retours sont très positifs, » indique Corentin Rousseau, biologiste au WWF-Belgique. Vous pouvez trouver ci plus de détails sur le mode d’action de la Wolf Fencing Team Belgium.

En Wallonie aussi 

Ces dernières années, la Wolf Fencing Team a surtout travaillé en Flandre, mais elle compte intensifier ses activités en Wallonie, où beaucoup de travail reste à accomplir. Une vingtaine de loups vivent actuellement dans les Hautes Fagnes. En 2023, on estime que 13 attaques de loups auraient eu lieu dans cette région, au cours desquelles 25 animaux d’élevage seraient morts. Or de nombreux élevages de la région ne disposent pas encore de clôtures dissuasives pour le loup, qui peut donc facilement les franchir. 

Sophie Clesse du Wolf Fencing Team et Corentin Rousseau du WWF-Belgique. © Hans Moyson / WWF-Belgique.

Un atout pour la biodiversité 

En début de semaine, près de 300 organisations, dont le WWF, ont adressé une lettre ouverte à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour lui demander de ne pas modifier le statut de protection du loup. Nous regrettons profondément que la Commission n’ait pas écouté cet appel.

Les loups jouent un rôle important pour la nature et la biodiversité européennes (plus de détails ici). Et dans les endroits où les loups représentent un risque, les mesures de protection telles que les clôtures dissuasives sont plus efficaces que l'abattage des loups. En effet abattre des loups peut également avoir l’inverse de l’effet escompté : si vous abattez un membre du couple reproducteur, la meute peut dans certains cas se séparer et les loups solitaires peuvent alors faire plus de dégâts. 

 « Les propriétaires d'animaux auront toujours besoin de clôtures dissuasives pour les loups. C'est une méthode efficace et durable. La vraie solution, c’est d’apprendre à vivre avec le loup », conclut Corentin Rousseau. 

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À propos du WWF (World Wide Fund for Nature)
Depuis 60 ans, le WWF est l’une des principales organisations indépendantes de préservation de la nature et l’une des plus expérimentées. Il compte plus de cinq millions de membres, donateurs et donatrices, au sein d’un réseau mondial actif dans plus de 100 pays.

Le WWF coopère avec d’autres acteurs et actrices pour mettre fin à la dégradation des milieux naturels sur la planète et œuvrer à un avenir où les humains vivront en harmonie avec la nature, par la conservation de la diversité biologique, la promotion d’une utilisation durable des ressources naturelles et la lutte contre la pollution et le gaspillage. Les 10 prochaines années seront cruciales pour aborder les principales menaces qui pèsent sur la nature et sur l’humanité.