Les six nouvelles de la nature qu’il ne fallait pas rater cet été
Les six nouvelles de la nature qu’il ne fallait pas rater cet été
Plastique, climat, biodiversité, énergie… L’été a oscillé entre bonnes et mauvaises nouvelles. Du côté du ciel gris, notons l’échec des négociations pour le Traité sur le plastique, des menaces qui pèsent sur les lois environnementales européennes et nouveaux records climatiques. Heureusement, il y a aussi des lueurs d’optimisme : l’augmentation des énergies renouvelables, la reconnaissance juridique de la responsabilité des États face à l’urgence climatique, ou encore une meilleure classification des girafes qui lui promet des jours meilleurs. Rétrospective d’un été dense…
1.Toujours pas de Traité global pour endiguer la pollution plastique
Après l’échec cuisant des négociations sur le Traité contre la pollution plastique de Busan (Corée du Sud) en décembre dernier, les 184 États se réunissaient une nouvelle fois pour enfin conclure un accord. Mais à Genève, l’espoir d’une victoire est à nouveau retombé comme un soufflet.
À la table des négociations, deux camps s’opposaient. D’un côté, les ambitieux : quelque 120 États, dont l’UE, le Canada, l’Australie, plusieurs États d’Amérique latine, d’Afrique et des îles. Leurs principales exigences ? S’attaquer au problème de façon holistique et contrôler les molécules les plus préoccupantes pour la santé.
En face, les pays « pétroliers » (la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran, le Koweït ou encore les États-Unis) qui refusent toute limitation dans leur production de combustibles fossiles à la base de l’industrie plastique, mais aussi l’interdiction des molécules ou additifs dangereux. Ils contestent le fait que la négociation soit centrée autour de la notion de cycle de vie du plastique (c’est-à-dire que tout, depuis sa production – dérivée du pétrole – jusqu’à son état de déchet, soit pris en compte). Pour ces pays-là, s’attaquer aux déchets suffirait à endiguer ce fléau mondial.
Il est toutefois possible que les négociations reprennent ultérieurement. Une urgence, quand on sait que 150 millions de tonnes de plastique se sont accumulées dans l’océan depuis les années 1980 ; que selon les prévisions de l’OCDE, la production de plastique devrait tripler d’ici 2060 ; et qu’aujourd’hui, seuls 10 % du plastique est recyclé…
Au WWF, nous appelons à changer le processus décisionnel, car l'enjeu est trop important pour notre planète. La grande majorité des pays du monde entier sont prêts à conclure un accord ambitieux contre la pollution plastique, alors créons un cadre qui permette d'y parvenir.

2. Les girafes sont désormais quatre espèces et non plus une seule
Depuis la classification de Linné en 1758 (première classification des organismes vivants), les scientifiques ont considéré les girafes comme faisant partie d’une seule et même espèce. Elles n’étaient distinguées qu’en sous-espèces – neuf, pour être précis. Or des analyses génétiques, biogéographiques et morphologiques ont permis de découvrir une diversité insoupçonnée chez cette espèce emblématique de la savane.
Après l’étude de 515 crânes issus des quatre coins de l’Afrique, la conclusion des scientifiques est claire : les girafes sont en réalité quatre espèces différentes. Depuis cet été, nous distinguons donc :
- La girafe du nord (Giraffa camelopardalis), la plus menacée, et qui était considérée jusqu’alors comme l’unique espèce – Niger et Tchad ;
- La girafe masaï (Giraffa tippelskirchi), aux taches très irrégulières - Tanzanie et Kenya ;
- La girafe réticulée (Giraffa reticulata), aux taches géométriques – nord du Kenya ;
- La girafe du sud (Giraffa giraffa) - Namibie, Afrique du Sud et Botswana.
Au-delà de leurs attributs physiques et préférences écologiques spécifiques, chacune évolue dans une aire de répartition propre, et fait face à des menaces différentes. Leur statut de conservation varie aussi fortement d’une espèce à l’autre : par exemple, la girafe du nord compte seulement 7 000 individus. Sa cousine du sud, elle, en compte dix fois plus.
La nouvelle classification est donc une très bonne nouvelle : elle permettra un suivi plus précis par espèce, et une stratégie de conservation plus adaptée selon le contexte local. Nous protègerons ainsi mieux les girafes !
3. Canicules, incendies, sécheresses : de nouveaux records en Europe
Impossible de faire une rétrospective de l’été sans évoquer les canicules, incendies et sécheresses qui ont, une fois de plus, touché une grande partie de l’Europe. Depuis 2023, nous savons que notre continent se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 1980. Les événements de cet été illustrent une fois de plus ce constat funeste. Au mois de juin, la France a ainsi enregistré une température de 3,3°C de plus que la température moyenne. Le Portugal a dépassé un nouveau record en atteignant 46,6°C fin juin, à Mora. Les feux de forêt ont détruit 360 000 hectares en Europe, avec 1 478 départs de feu en 2025 - contre 1030 en 2024.
La nouvelle suivante est donc la bienvenue :
4. La Cour internationale de Justice confirme la responsabilité des États face à la crise climatique
La Cour internationale de Justice, la plus haute juridiction du monde, a confirmé et précisé par un avis historique en juillet dernier la responsabilité des États d’agir face à l’urgence climatique. En cas de non-respect, l’impunité des États ne doit pas rester sans conséquence.
Concrètement, la CIJ souligne notamment l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux changements climatiques ; mais aussi, par exemple, de « prévenir les dommages significatifs à l’environnement ». Autre paragraphe notable, la Cour considère la protection du climat comme une condition sine qua non au respect des droits humains fondamentaux. Toute violation de ces responsabilités constitue « un fait internationalement illicite engageant sa responsabilité ».
De nouvelles affaires judiciaires sur le climat sont donc désormais susceptibles d’éclore, grâce à cet avis qui permettra de s’appuyer sur un précédent tangible. Le WWF a notamment soumis une suggestion à la Cour internationale de justice (CIJ), demandant à ce que le rôle de la nature en tant qu'alliée contre la crise climatique soit reconnu.
5. Les énergies renouvelables en passe de dépasser le charbon
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dès fin 2025 – ou au plus tard en 2026 – les énergies renouvelables deviendront la première source d’électricité au monde, détrônant le charbon, qui occupait cette place depuis toujours.
Le photovoltaïque connaît par ailleurs une avancée majeure : grâce à la baisse du prix des batteries, il est désormais possible dans les régions très ensoleillées de fournir de l’électricité solaire 24h/24, à un coût inférieur à celui du charbon, du gaz ou du nucléaire.
L’AIE prévoit enfin une accélération sans précédent : d’ici 2030, le monde est en passe d’ajouter l’équivalent de 5.500 réacteurs nucléaires en sources d’énergie renouvelable, dont 80 % grâce au solaire. La transition énergétique devient réalité !
6. L’UE envisage d’affaiblir les lois européennes de protection de la nature
Les lois européennes qui protègent la nature – comme celles sur la déforestation importée et celle sur la restauration de la nature – sont aujourd’hui menacées. Sous prétexte de « simplification administrative », la Commission européenne envisage d’affaiblir ces avancées historiques, pourtant obtenues grâce à une mobilisation citoyenne massive. En plein cœur de l’été, elle a lancé discrètement un appel à témoignages pour sonder l’opinion publique. Les citoyen·nes, les entreprises et les organisations ont jusqu’au 10 septembre prochain pour défendre ces lois essentielles à la protection de nos forêts, de notre faune et de notre santé.
Via ce lien, vous pouvez contribuer en partageant votre avis, ou en reprenant notre texte, qui énonce nos arguments pour la défense de ces législations cruciales. Chaque voix compte pour empêcher leur démantèlement.