Adieu Noëlla, mère fondatrice des loups flamands

Adieu Noëlla, mère fondatrice des loups flamands

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Soumis par Pepijn T’Hooft

Une figure clé qui a compté bien plus qu’on ne le lui reconnaît souvent

Noëlla. Pour la science : GW1479f

GW = grey wolf (loup gris)
1479 = numéro d’identification unique
f = femelle

La mère des premiers loups flamands est morte renversée par une voiture la semaine dernière.

Dans les médias ces derniers jours, sa vie a souvent été réduite à celle d’un loup qui a provoqué des conflits.

Car non, cohabiter avec les loups n’est pas évident. Les dégâts sont réels, les émotions aussi. Il est légitime que les éleveurs et éleveuses soient soutenu·es et que des solutions soient mises en place.

Ce qui dérange dans le résumé de sa vie, ce n’est pas que les conflits soient mentionnés, mais qu’on la réduise à cela. Noëlla était bien plus qu’une louve qui causait parfois des dégâts à du bétail non protégé.

Elle a été à l’origine du retour d’un grand prédateur dans notre paysage.

Noëlla, wolf uit Vlaanderen
Noëlla passant devant une caméra piège

Le retour du loup

Noëlla fut l’une des premières louves à se réinstaller en Flandre après plus d’un siècle d’absence. Avec August, elle a formé la première meute dans le Limbourg.

Elle a élevé trois générations de louveteaux ; certains occupent aujourd’hui des territoires en Belgique, aux Pays-Bas et probablement aussi en Allemagne.

La Flandre, petite et fragmentée, ne constitue donc pas une impasse, mais bien un maillon dans la restauration de la population européenne de loups.

Ce que nous oublions de voir

En tant qu’humains, nous avons tendance à nous focaliser sur le négatif, alors que les effets positifs de la nature passent souvent inaperçus.

Dans le territoire de Noëlla, quelque chose de remarquable s’est pourtant produit :

après plus de 200 ans, un réseau trophique presque complet y est réapparu.

Le loup recrée un « paysage de la peur » : le comportement des ongulés change, la dynamique naturelle de la végétation retrouve de l’espace, et des charognards comme le corbeau trouvent à nouveau des opportunités.

Les gardes forestiers et les chercheurs et chercheuses connaissant bien la zone ne disposent peut-être pas d’études scientifiques évaluées par les pairs sur ces effets positifs, mais ils rapportent des observations remarquables : des oiseaux des prairies profitant de la protection autour de la tanière, des bonds nerveux de chevreuils ou encore des laies poursuivant des loups qui s’éloignent avec un marcassin dans la gueule.

Il existe très peu de recherches sur les effets positifs de ce grand prédateur.

Mais ils existent, cela ne fait aucun doute.

Émerveillement

Il y a aussi autre chose que l’on mesure rarement : l’émerveillement.

Ces dernières années, des milliers de personnes ont visité son territoire dans le Limbourg.

Non pas par sensationnalisme, ni pour forcément les voir, mais par fascination :

« ici vivent des loups. »

Cela met les gens en mouvement : des nuitées supplémentaires, des excursions complètes, même des gâteaux « loups ».

Et cela va au-delà.

Le loup est à la fois proche de nous… et profondément sauvage. Cette proximité inattendue a, pour beaucoup, changé le regard porté sur la nature.

Les forêts ne sont plus un décor, mais un habitat.

Ce n’est plus un loup sur une route, mais une route traversant un habitat.

Cela demande aussi quelque chose pour de nombreuses autres espèces, ainsi que pour notre santé et notre sécurité : réduire la fragmentation, reconnecter les milieux et créer de l’espace.

Plus que toute autre espèce, le loup nous tend un miroir.

La nature n’est-elle pas aussi quelque chose qui nous dépasse ?

N’est-il pas temps d’agir en conséquence ?

Coexister en pratique

Le retour du loup apporte des défis. Pour les éleveurs et les éleveuses, ce n’est pas simple, et il faut le reconnaître pleinement.

C’est pourquoi ces dernières années, des solutions ont été activement développées :

un soutien public pour les mesures préventives et les indemnisations, ainsi que l’engagement des volontaires dans la Wolf Fencing Team, créée par Natuurpunt et le WWF-Belgique.

Avec les éleveurs et éleveuses, cette équipe dynamique cherche chaque jour des moyens de rendre la cohabitation possible.

Des centaines d’élevages ont adapté leurs clôtures. Cela ne convertit généralement pas ces personnes en amoureuses des loups, mais beaucoup reconnaissent que la coexistence, malgré les efforts, est possible et que le loup a sa place.

À côté du conflit, il y a donc aussi de l’engagement et une compréhension croissante.

Noëlla a contribué à cette prise de conscience : coexister demande des efforts, mais c’est possible.

Car vivre avec la nature n’est pas un conte de fées. C’est un équilibre entre concessions et bénéfices.

On ne peut pas tirer profit de la nature tout en exigeant qu’elle ne provoque aucune friction.

Cela vaut pour l’agriculture. Pour l’aménagement du territoire.

Et cela vaut pour nous tous et toutes.

La question n’est pas de savoir si c’est parfait, mais de savoir si nous sommes prêt·es à y faire face.

Regardons au-delà du conflit et des voix les plus fortes, et laissons aussi de la place à la nuance, aux solutions, aux efforts, et à ce que la nature nous apporte en retour.

Merci, Noëlla !

Noëlla a apporté spn lot de défis. Mais elle a aussi apporté restauration, dynamisme, connexion et émerveillement.

Elle a compté bien plus qu’on ne veut souvent le reconnaître.

L’histoire des loups continue !

La prochaine louve est déjà en route, ou peut-être que l'une de ses jeunes louves est prête à reprendre le territoire. De notre côté, nous poursuivons activement le travail de la Wolf Fencing Team en Belgique.

Il est désormais temps de mettre en œuvre une véritable politique de désenclavement en Flandre et de reconnecter les habitats, pour le loup, pour l’humain et pour toutes les autres espèces. Et ainsi, éviter les tragédies routières à l'avenir.

Merci, Noëlla !

Deux louveteaux de Noëlla et August jouant dans la plaine.
Copyright Michaël Moens