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Mondulkiri

RÉINTRODUIRE LE TIGRE DANS LES PLAINES ORIENTALES DU CAMBODGE

 

Histoire d’un déclin

Selon les estimations les plus récentes, on ne dénombrerait plus que 3 890 tigres sauvages dans le monde. La région du Grand Mékong en abriterait moins de 220. En un siècle, le tigre a perdu 93 % de son territoire d’origine, détruit au profit de l’agriculture, de l’exploitation forestière et de l’installation d’infrastructures (mines, routes, usines,…). Des mesures innovantes et efficaces, axées sur la préservation et la restauration de son habitat naturel, sont plus que jamais nécessaires pour protéger l’espèce la plus emblématique d’Asie.

Autrefois, les forêts sèches des plaines orientales cambodgiennes et les forêts tropicales de la chaîne des Cardamomes étaient reconnues pour la richesse de leur biodiversité, et notamment pour leur importante population de tigres sauvages. Mais dans les années 1990, après des décennies de troubles sociaux et d’insécurité, entraînant notamment une recrudescence du braconnage et de l’exploitation forestière, la population de tigres au Cambodge a connu un déclin dramatique, à tel point que l’espèce est aujourd’hui éteinte dans le pays. Le dernier tigre du Cambodge a été observé pour la dernière fois en 2007.

Réintroduire le tigre au Cambodge

Depuis 2016, le WWF s’est donné pour mission de réintroduire le félin dans les plaines orientales cambodgiennes, par le biais du projet ‘Mondulkiri’. Celui-ci s’appuie sur des actions similaires menées avec succès en Inde, comme dans la réserve de Panna dont les derniers tigres avaient disparu en 2006. Grâce à un projet de réintroduction efficace, la réserve indienne compte désormais une trentaine de tigres.

Les plaines orientales du Grand Mékong s’étendent sur plus de 30 000 km2 et incluent cinq sites naturels protégés : l’un au Vietnam et les quatre autres au Cambodge. C’est là que le WWF concentre ses actions, et plus particulièrement dans les forêts de la province de Mondulkiri.

L’étendue des forêts sèches des plaines orientales cambodgiennes ainsi que l’abondance de ses proies en font une zone privilégiée pour la réintroduction du tigre. Ces forêts sont par ailleurs un refuge pour de nombreuses autres espèces menacées telles que l’éléphant d’Asie, le banteng, le buffle d’Asie, le gaur, l’ours malais, le crocodile du Siam, le cerf d’Eld, et d’innombrables espèces d’oiseaux.

En pratique

Afin de s’assurer de la pertinence du projet, le WWF et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont mené en 2013 une étude préliminaire de faisabilité, dont les conclusions indiquent que la réintroduction du tigre dans les plaines orientales du Cambodge est possible d’un point de vue technique, écologique et social, à la seule condition que les populations de proies continuent à croître.

Pour préserver la nature sauvage des plaines orientales et assurer la viabilité des populations d’ongulés dont se nourrit le tigre, le WWF aide le gouvernement cambodgien à faire appliquer les lois de protection de la vie sauvage et des forêts, soutient la mise en place de différentes patrouilles (lutte contre le braconnage et l’exploitation forestière illégale, surveillance de la vie sauvage,…), finance la formation des rangers et leur fournit des équipements adaptés.

En parallèle, le WWF mène des campagnes de sensibilisation auprès des communautés locales afin que les habitants connaissent tous les tenants et aboutissants du projet de réintroduction. Car si celui-ci a pu voir le jour, c’est avant tout grâce à leur soutien et à celui des autorités. Comme dans beaucoup de régions d’Asie, le tigre est considéré à Mondulkiri comme une véritable icône culturelle. Plus de 80 % des villageois vivant aux alentours des sites naturels protégés de la province se sont ainsi déclarés favorables au projet de réintroduction du félin.

L’étude préliminaire recommande par ailleurs l’introduction d’une population fondatrice composée de six femelles et deux mâles issus du sous-continent indien (Inde et/ou Népal). Les tigres sauvages d’Inde et du Népal évoluent en effet dans des habitats écologiquement similaires aux forêts sèches du Cambodge de l’Est. Les tigres réintroduits devraient idéalement être de jeunes individus, n’ayant pas encore établi leur territoire. Une analyse de viabilité a permis de démontrer qu’une telle population fondatrice pourrait croître de 15 % par an et atteindre environ 25 individus en dix ans.

Prochaines étapes

Le Cambodge étant l’un des 13 « pays du tigre », il joue un rôle déterminant dans le cadre de l’ambitieux projet du WWF ‘Tx2’, destiné à doubler le nombre de tigres sauvages à l’horizon 2022. Grâce aux efforts combinés du gouvernement cambodgien et des organisations locales, ainsi qu’à la coopération transfrontalière avec le Vietnam, le Cambodge peut aujourd’hui se féliciter d’être l’un des « pays du tigre » les plus actifs en matière de protection du félin.

Si des mesures efficaces de conservation de la nature sont adoptées et appliquées, l’introduction d‘une première population de tigres dans les forêts de Mondulkiri, prévue pour 2022, pourrait devenir réalité. Le retour du félin au Cambodge serait une formidable opportunité de développer l’écotourisme dans la région et un succès considérable pour la protection de la vie sauvage.

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