Le Traité sur la haute mer marque une nouvelle ère dans la gouvernance de l’océan

Le Traité sur la haute mer marque une nouvelle ère dans la gouvernance de l’océan

Le WWF salue l’entrée en vigueur de ce traité et exhorte la Belgique à joindre l’acte à la parole 

Bruxelles, samedi 17 janvier – Le traité mondial sur la haute mer entre en vigueur aujourd’hui, une lueur d'espoir pour l’océan et la planète toute entière, permettant de se rapprocher de l’objectif de protéger 30% de l’océan d’ici 2030. La Belgique a déposé sa candidature pour accueillir à Bruxelles le siège du secrétariat de ce nouvel accord, une ambition qui contraste toutefois avec son silence sur l’exploitation minière des fonds marins. Le WWF appelle la Belgique à signer un moratoire sur cette exploitation, et à joindre ainsi l’acte à la parole.  

La haute mer, ce sont ces eaux situées au-delà des juridictions nationales et qui représentent près de deux tiers de la superficie totale de l’océan de notre planète. Ce nouvel accord mondial a pour objectif de créer un cadre pour protéger cette partie vitale de notre océan, en conservant la vie marine et en y limitant les pratiques nuisibles. Il devrait y faciliter la création d'aires marines protégées et amener une meilleure coopération entre États.  

À l'heure actuelle, seul 1% de la haute mer est protégé, alors qu’elle est pourtant essentielle à la biodiversité, à la sécurité alimentaire, à l'économie mondiale et même à la stabilité climatique : l’océan absorbe en effet environ 90% de la chaleur excédentaire générée par les émissions de gaz à effet de serre et 25% des émissions de dioxyde de carbone. L’entrée en vigueur de ce traité marque donc un moment historique, avec un immense potentiel pour rendre l’océan et l'économie mondiale plus sains et plus résilients. Une étape clé pour atteindre l'objectif mondial de protection de 30% de l’océan d'ici 2030, comme convenu dans le cadre mondial pour la biodiversité adopté lors de la COP15 sur la biodiversité à Montréal.  

Toutefois, l’entrée en vigueur du traité n’est pas une fin en soi : il faut désormais que les gouvernements en assurent une mise en œuvre ambitieuse et efficace. « Le moment est venu pour tous les États de collaborer véritablement pour protéger notre océan pour les générations futures. Au WWF, nous serons attentifs à ce que cette promesse devienne une réalité », déclare Sarah Vanden Eede, experte océan du WWF-Belgique. 

L’occasion d’un véritable « leadership bleu » pour la Belgique 

La Belgique a été l'un des premiers pays à approuver et à ratifier le texte. Et elle a également déposé sa candidature pour accueillir à Bruxelles le siège du secrétariat de ce nouvel accord.  

« Notre pays marque ainsi sa volonté de jouer un rôle de premier plan dans la gouvernance mondiale de l'océan et d’apporter une contribution concrète à la protection de la biodiversité marine dans les eaux internationales. Mais ces ambitions contrastent vivement avec le silence de la Belgique sur le sujet de l’exploitation minière des fonds marins », explique Sarah Vanden Eede. « L’exploitation minière des fonds marins va complètement à l’encontre des grands principes du nouveau traité, qui s’engage à protéger la biodiversité marine, à agir sur la base des meilleures données scientifiques et à veiller à ce que les activités en haute mer soient régies par les principes de précaution, d'équité et de responsabilité partagée. » 

Alors que le nouveau traité vise à protéger les écosystèmes marins, l'exploitation minière des fonds marins causerait des dommages irréversibles à des écosystèmes fragiles et largement inexplorés. Elle perturberait profondément les fonds marins, créant notamment des panaches de sédiments qui obscurciraient les habitats et étoufferaient les animaux, entraînant une perte permanente de biodiversité. Les navires rejetteraient même des sédiments mêlés de produits toxiques, et causeraient une pollution sonore et lumineuse qui perturberait profondément les baleines et les dauphins. Cette exploitation hypothéquerait également de nombreuses découvertes scientifiques et pourrait même réduire la capacité de l’océan à absorber le carbone de l'air…  

Moratoire

Face à ces conséquences écologiques désastreuses, le WWF réclame donc un moratoire, c’est-à-dire l’interdiction de toute exploitation minière des fonds marins avant notamment que les risques environnementaux, sociaux et économiques soient réellement connus et qu’il ait été démontré que l'environnement marin serait efficacement protégé. Dans leur lettre ouverte, 45 ONG européennes dénoncent elles aussi aujourd’hui le fait que la Belgique cherche à accueillir le secrétariat de ce nouveau traité sans avoir rejoint les 40 États qui se sont déjà prononcés pour une interdiction, un moratoire ou une pause de précaution de l'exploitation minière des fonds marins.  

« La Belgique a une occasion unique de prouver qu’elle est un véritable “blue leader”, en se prononçant de manière claire et sans équivoque en faveur d'une pause de précaution sur l'exploitation minière des fonds marins. Cela démontrerait que la Belgique est à l'écoute de la science et honore ses engagements internationaux, et la candidature de la Belgique au secrétariat du Traité sur la haute mer gagnerait en crédibilité », conclut Sarah Vanden Eede. 

Vous pouvez trouver ici plus d'informations sur le nouveau traité sur la haute mer.