Quel rapport entre COVID-19 et nature ? Le point en neuf questions

Quel rapport entre COVID-19 et nature ? Le point en neuf questions

Finalement, est-ce le pangolin ou la chauve-souris qui nous a transmis le virus ? Qu’est-ce qu’une zoonose ? Pourquoi dit-on que c’est la faute des humains ? Comment éviter d’autres pandémies ?

 

Perdu·e dans l’océan d’informations sur la COVID-19 ? Voici de quoi briller lors des prochaines discussions sur le virus en apérozoom !

1. Un pangolin, un savant fou, un dromadaire ou une chauve-souris… D’où nous vient la COVID-19 ? 

À l’origine de cette catastrophe planétaire, un virus, logé confortablement dans une espèce sauvage, probablement une chauve-souris. La question de savoir quelle a été la promenade initiatique du virus pour finalement atterrir chez l’humain, reste ouverte pour la plupart des scientifiques.

Mais voici ce que l’on sait : de manière directe ou indirecte, le virus (qui peut être présent dans le sang, les excréments et la salive des chauves-souris), a réussi à s’adapter à l’humain.

Comment ? Plusieurs réponses sont possibles à ce stade. La chauve-souris a pu être consommée directement crue ou cuite, comme cela se fait dans plusieurs pays asiatiques. Mais le virus s’est peut-être baladé d’abord sur des hôtes intermédiaires comme le pangolin, le serpent ou la tortue. Toutes des espèces qui sont arrachées à leur milieu naturel et vendues sur les nombreux marchés d’espèces sauvages du globe. Après s’être multiplié et avoir muté, peut-être même pendant des années, le virus se serait finalement retrouvé sur le marché désormais tristement célèbre de Wuhan. 

Les premiers humains infectés ont alors fréquenté d’autres humains – ils ont bougé aux quatre coins de la planète, car la mobilité mondiale est plus aisée que jamais. D’aéroport en aéroport, de pays en pays, de poignées de mains en bisous, le virus a eu rapidement la belle vie… tout en impactant la nôtre ! L’ère des masques bariolés et des poignées de pieds, mais aussi de l’éloignement forcé et des mauvaises nouvelles familiales, avait commencé.

Conclusion ? La recherche bat toujours son plein, mais ce qui semble évident, c’est que nous devons de toute urgence surveiller la capture, la consommation et l'hébergement intensifs et risqués des espèces animales sauvages.

2. Est-ce que c’est la première fois qu’un animal nous transmet une maladie dangereuse ? 

Pas du tout. 75 % des maladies humaines sont ce qu’on appelle des « zoonoses », c’est-à-dire des maladies qui viennent à l’origine des animaux. Et vous en connaissez certainement ! Dans la famille des zoonoses, citons le VIH, Ebola, la grippe aviaire, la dengue, la fièvre Zika ... Bref, la liste est longue. 

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3. La chauve-souris est-elle notre nouvelle ennemie numéro 1 ? 

Certainement pas. D’abord, n’importe quelle espèce sauvage peut être porteuse de virus inconnus. Les scientifiques estiment que 320.000 virus sont encore à découvrir ! Heureusement, seule une toute petite proportion est dangereuse pour l’humain.

Ensuite, la chauve-souris est particulièrement utile à son environnement : pollinisatrice hors pair, elle disperse de nombreuses graines et se délecte aussi de nombreux insectes, dont des moustiques porteurs de maladies comme la dengue, le paludisme ou la fièvre Zika (bon appétit).

WWF covid 19

Enfin, on ne peut pas non plus lui en vouloir de nous avoir amené la COVID-19 : les chauves-souris étant particulièrement farouches, les chances qu’un humain entre naturellement en contact avec elles sont plutôt minces…

Autrement dit, c’est l’humain, créant une proximité artificielle entre lui, des espèces sauvages et des animaux domestiques, qui a permis à ce petit virus de devenir une grande catastrophe.

4. L’humain est donc le responsable de cette pandémie mondiale ? 

On ne va pas tourner autour du pot : la réponse est oui ! Mais pas la peine de se lancer dans les théories du complot. Pour être exacts, les responsables sont, en grande partie, nos modes de vie. Les activités humaines ont altéré significativement les trois quarts des terres et les deux tiers de l’océan qui recouvrent la planète. En nous développant exponentiellement, on empiète de plus en plus sur des territoires abritant des espèces sauvages. En faisant détruire des forêts (pour l'agriculture) et capturer ou tuer des animaux (pour le commerce ou la consommation), nous bousculons l’équilibre naturel de ces habitats... Et offrons à ces virus une autoroute toute tracée pour sortir de leur cadre et trouver un nouvel hôte, particulièrement abondant.

Cela arrive en particulier (mais pas uniquement) aux endroits où la biodiversité est très riche, et où les humains détruisent quotidiennement des pans entiers de la forêt.

Nos pires ennemis sont donc la déforestation intensive et le trafic illégal d’espèces sauvages, qui font voyager de potentiels virus aux quatre coins de la planète !

WWF Pandemia infografica FR

5. En Belgique, nous ne sommes pas responsables : nous ne détruisons pas de forêts  tropicales !   

Archifaux ! Sans le savoir, les Belges consomment des produits responsables de déforestation à l’autre bout de la planète (soja pour nourrir les animaux dont nous mangeons la viande, bois, café, cacao, huile de palme, viande...). C’est ce qu’on appelle « la déforestation importée ». Pour produire ce que nous importons en Belgique, nous exploitons quelque 4,2 millions d’hectares (42 000 km², soit 1,4 fois la superficie du territoire belge) ! 

6. Bon... Mais en Belgique, nous ne sommes pas responsables, parce que nous ne consommons pas d’animaux sauvages exotiques ! 

Encore faux. Plus de 44 tonnes de « viande de brousse » arrivent à Brussels Airport chaque année (dont des singes et des pangolins, pour ne citer qu’eux). Ces animaux sauvages circulent ensuite dans des familles d’amateurs, sont revendus et arrivent même jusqu’à certains restaurants (tout cela illégalement, évidemment !). Tout ce processus de transport, gestion, cuisine et consommation sont loin de respecter les standards imposés pour la santé humaine, y compris pour éviter la transmission de pathogènes !

Il est donc primordial de mettre fin à cette importation en Belgique, en renforçant les règles et les contrôles, et en sensibilisant la population sur les risques pour l’humain et la nature. Car comme vous l’aurez compris, nous pourrions être une porte d’entrée pour le développement d’une nouvelle maladie ici même… 

7. Y a-t-il encore quelque chose à faire pour éviter de futures pandémies ? 

Bien sûr. Pour éviter de nouvelles épidémies, les solutions sont assez évidentes. Bien que ce soit plus facile à dire qu’à faire. Les deux priorités sont les suivantes : 

  • Sauvegarder et restaurer les forêts et les écosystèmes riches en biodiversité.
  • Mettre un terme au trafic illégal et risqué d’espèces sauvages : stopper le braconnage, mettre en place des lois plus strictes pour la fermeture de ce commerce et de ces marchés spécialisés, et instaurer des contrôles fréquents et efficaces assortis de sanctions. 

8. Maintenant que l’on sait tout ça, allons-nous mieux protéger l’environnement ? 

Ce serait assez logique d’arrêter de scier la branche sur laquelle nous sommes posés, en effet. Malheureusement, tout ne semble pas aller dans ce sens. Pour compenser les pertes économiques dues à la crise, certains budgets alloués à la conservation de la nature sont diminués, voire supprimés. Et si nous n’intervenons pas, les conséquences se feront sentir longtemps et lourdement.

Par ailleurs, dans certains pays, un exode urbain important est observé. Après avoir perdu leur travail, de nombreuses personnes retournent en milieu rural où, pour survivre, ils sont contraints de chasser des espèces sauvages ou de détruire des parties de la forêt pour se chauffer et cuisiner. Et sans moyens pour aider ces personnes à trouver des alternatives durables et protéger les forêts … on risque d’aggraver la situation, voire lancer une nouvelle épidémie. C’est pour cela que nous avons lancé notre fonds d’urgence COVID-19.

9. Alors tout va mal ? 

Non, heureusement ! Au WWF, nous cherchons toujours des solutions concrètes, et nous gardons toujours espoir.  Alors, nous allons vous donner cinq raisons de rester optimiste ! 

  • Nous avons lancé notre fonds d’urgence COVID-19 pour atténuer les effets néfastes des coupes budgétaires sur la conservation. Et nous gardons intacte notre motivation à préserver et restaurer les écosystèmes les plus précieux de notre planète, ainsi que les espèces qu’ils abritent. Grâce à votre aide, évidemment !
  • Le pangolin, l’animal le plus braconné au monde (195.000 en 2019…), bénéficiera désormais en Chine d’un meilleur statut de protection, équivalent à celui du panda géant. Il est par ailleurs retiré de la liste des espèces exploitées pour la médecine traditionnelle chinoise.
  • La Chine a mis en place, en tout cas provisoirement, l’interdiction du commerce et de la consommation des animaux sauvages, et donc la fermeture des marchés d’espèces sauvages. 
  • La Commission européenne annonce une loi en 2021 pour garantir que les produits importés dans l'UE soient exempts de déforestation. 
  • On observe petit à petit une prise de conscience au sein de la population... qui, si elle n’est pas encore mesurable, est bien palpable. Combien de vos proches vous ont confié avoir commencé un potager ou pris l’habitude d’acheter plus local ?

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