Pour la nature, pour notre avenir
Dans un climat qui se réchauffe, les feux de forêt se multiplient et affectent notre plus grande alliée contre le changement climatique : la nature. Cette nature, elle est déjà largement dégradée, et cette dégradation la rend moins résiliente, et donc moins à même de nous protéger des conséquences du changement climatique. Au cours de l’été 2021, des inondations catastrophiques ont frappé la Wallonie. La Belgique a pleuré ses 39 premières victimes du changement climatique. Cet été, la Belgique a été touchée par trois vagues de chaleur et notre pays a enregistré la surmortalité la plus élevée d’Europe lors de la vague de chaleur du mois de juin dernier. Et en août, le plus grand incendie de forêt des 100 dernières années ravageait plus de 3 000 hectares dans les Hautes Fagnes, une de nos fiertés nationales.
Au cœur de cette crise qui menace nos vies, la Belgique a un instrument crucial à portée de main pour renforcer notre résilience face aux phénomènes climatiques extrêmes : grâce à la loi européenne sur la restauration de la nature, un plan national de restauration de la nature est en cours d’élaboration. Ce plan définira la manière dont la Belgique restaurera nos habitats naturels dégradés, renforçant ainsi la nature, notre société et notre économie. Il s’agit d’une occasion unique de mieux nous protéger contre les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur, en stockant davantage de CO₂ et d’eau, et de créer un environnement plus sain pour l’ensemble des Belges. Ce plan est un outil essentiel que les autorités belges doivent considérer comme une priorité nationale. À ce titre, il doit être à la hauteur de la crise à laquelle nous sommes confronté·es, et soutenu par des moyens suffisants.
10 points d’action pour nos responsables politiques
- Reconnaître le problème et changer de discours : loin d’être inattendue, cette crise est prédite par la science des décennies. Pourtant, la réponse politique est très loin d’être à la hauteur de la gravité de la situation et les réponses structurelles se font toujours attendre. Les Belges méritent mieux. Les responsables politiques devraient reconnaître la gravité du problème et prendre des mesures concrètes.
- Élaborer un plan d’action solide pour la restauration de la nature belge, doté d’un budget suffisant, harmonisé entre les différentes entités du pays et présenté au plus tard en septembre 2027 à la Commission européenne.
- Prévenir et pas seulement réagir : il faut mettre en place un système de coordination national pour la prévention des crises naturelles. Trop souvent encore, la réponse politique à une catastrophe naturelle ne se développe qu’a posteriori. Les évènements climatiques extrêmes devenant de plus en plus fréquents, nous devons nous y préparer de manière structurelle et coordonnée.
- Réformer le système financier : nous avons besoin d’un mécanisme national belge de résilience, pour restaurer nos zones naturelles les plus précieuses de manière préventive, ainsi que pour permettre une restauration rapide après chaque catastrophe. Ce mécanisme pourrait s’appuyer sur plusieurs sources de financement (financement participatif à grande échelle, fonds publics, fonds de pension, fonds privés d’entreprises, capitaux des assurances...).
- Innover en matière de financement : même s’il existe une demande pour les investissements verts, l’offre reste insuffisante. Les gouvernements doivent créer les conditions propices et lever les obstacles afin que les investissements verts puissent augmenter de manière spectaculaire. Il pourrait même participer au marché en émettant des obligations vertes.
- Les entreprises ont besoin de prévisibilité pour prospérer : le développement durable est un moteur de compétitivité à long terme. Mettez en place un groupe consultatif composé d’entreprises tournées vers l’avenir afin de mieux intégrer les besoins des entreprises liés à la nature dans l’élaboration des politiques, sans limiter ce débat à la déréglementation.
- Le secteur de l’assurance a un rôle clé à jouer face à la multiplication des catastrophes, notamment en récompensant les comportements respectueux du climat et de la biodiversité de leurs clients et clientes. Les pouvoirs publics doivent engager le dialogue avec ce secteur et faciliter les changements nécessaires au niveau des politiques.
- Former la population à la résilience climatique : les citoyennes et citoyens belges ont le droit de savoir comment réagir face aux phénomènes climatiques extrêmes. Ils et elles peuvent également jouer un rôle important dans les plans nationaux de prévention (par exemple en cessant de construire dans les zones inondables).
- La société civile et les expert·es doivent être associés à l’élaboration de solutions visant à apporter des changements systémiques. L’expertise des spécialistes apporte des éclairages précieux pour définir des mesures concrètes qui renforceront la résilience de nos territoires.
- Accélérer la réduction des émissions de CO₂ : sans réduction des émissions, le changement climatique s’aggravera et empêchera la nature de jouer son rôle protecteur, car elle sera trop affectée par ses conséquences. Une solution : réorienter les subventions néfastes vers des activités respectueuses de la nature. Il faut aussi prendre en compte les répercussions au-delà de nos frontières, par exemple via la déforestation liée aux produits importés. Une tonne de CO₂ émise dans le bassin du Congo a également un impact sur le changement climatique en Belgique.
