Les Hautes-Fagnes en feu, une catastrophe écologique dans un milieu rare
Les Hautes-Fagnes en feu, une catastrophe écologique dans un milieu rare
Ce week-end, la Belgique assistait avec effroi à l’un des pires feux de forêt de son histoire dans les Hautes Fagnes. Les 3 000 hectares de forêts détruites nous rappellent, une fois de plus, notre vulnérabilité face au changement climatique et à ses conséquences sur notre santé, notre environnement et notre sécurité. « Ce qui part en fumée, c’est aussi notre patrimoine naturel. Les Hautes Fagnes abritent une nature particulièrement rare et riche et une biodiversité unique, chaque hectare compte», déplore notre experte biodiversité Laurence Drèze.
Au sein de l’équipe du WWF-Belgique, l’émotion est vive après l’incendie catastrophique qui a ravagé 3 000 hectares de nature dans notre pays. Comme vous le savez, depuis le vendredi 14 août, les Hautes Fagnes subissent le pire feu de forêt que le pays a connu en un siècle. Villages évacués, conséquences des fumées sur les voies respiratoires, traumatisme face à l’ampleur de la catastrophe si près de chez nous… En plus, nous perdons l’une des nos plus précieuses zones naturelles. Les hautes tourbières des Hautes Fagnes sont un écosystème rare et fragile qui a évolué pendant des millénaires pour s’adapter à des sols particulièrement pauvres en nutriments. « Il faudra des décennies au bas mot pour qu’il se reconstitue, et la présence de cendres entravera encore plus ce travail en modifiant l’équilibre du sol », explique notre biologiste Corentin Rousseau.
Avec les tourbières qui s’embrasent, nous perdons également le résultat d’un travail de restauration de la nature absolument exemplaire : le projet LIFE Hautes Fagnes, qui visait à reconstituer certaines de nos tourbières qui avaient été asséchées dans le passé pour y cultiver des épicéas, a même reçu le prix « Best of the best » de la Commission européenne. « Nous avions vu des espèces très rares faire leur retour, comme le hibou des marais, la sarcelle d’hiver et la bécassine des marais », explique Corentin Rousseau.
Urgence climatique
Ces feux sont aussi un nouveau signal d’alarme important face au changement climatique. Ils démontrent encore l’ampleur de l’extrême sécheresse à laquelle toute la nature est actuellement confrontée en Belgique. Il faut absolument aider la nature en reconstituant des points d’eau et de fraîcheur, comme des mares et des marais, dans lesquels la faune, la flore et les humains pourront puiser en cas de besoin, notamment pour lutter contre les feux.
De plus, une tourbière dégradée est une arme précieuse qui perd son efficacité pour faire face aux conséquences du changement climatique : les tourbières stockent des quantités faramineuses de carbone et d’eau grâce à la sphaigne, une sorte de mousse qui agit comme une véritable éponge tout en acidifiant légèrement l’eau, ce qui limite la dégradation des matières organiques et permet donc son stockage. « En prenant feu, c’est cette éponge qui contribuait à nous protéger des sécheresses et des inondations et qui capturait le carbone, qui devient un émetteur de CO2…» regrette notre experte biodiversité Laurence Drèze. D’où l’importance aussi de redonner à la nature toutes ses capacités de résilience : une nature en bonne santé est plus apte à résister aux effets du changement climatique.
Demain, restaurer à tout prix
Cette catastrophe nous rappelle que la restauration de ces habitats dégradés doit devenir une priorité absolue, tout en luttant en parallèle contre le changement climatique et se préparant à ses conséquences, sans quoi ces efforts seront réduits à néant par les sécheresses exceptionnelles récurrentes.
Nous savons que la restauration de la nature fonctionne, nous savons aussi qu’elle est rentable, et qu’elle est nécessaire pour prévenir et nous adapter aux épisodes extrêmes à venir. « Le plan pour la restauration de la nature que la Belgique doit remettre au premier septembre est un des outils primordiaux dont nos gouvernements doivent se saisir. N’abandonnons pas les Hautes Fagnes », insiste Laurence Drèze avec émotion…
