60 ans d'action du WWF-Belgique

60 ans d'action du WWF-Belgique

C’est dans une cave poussiéreuse située sous la salle des iguanodons de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique que le WWF-Belgique a connu ses débuts. Dès ses balbutiements, en 1966, notre organisation avait deux objectifs clairs en tête : diffuser des informations sur la nature et la biodiversité, et collecter des fonds pour des projets de conservation de la nature. Si ceux-ci sont toujours d’actualité, nos ambitions ont aussi pris de l’ampleur en 60 ans. Nous avons lancé nos propres projets – d’abord en Belgique, puis dans le monde entier. Nous avons appris. Nous avons grandi. Cette croissance, nous voulons la partager avec vous, car sans vous, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Merci !

Du Zwin au parc national des Virunga : le WWF-Belgique agit dans le monde entier

À quoi pensez-vous immédiatement quand vous entendez parler du parc naturel du Zwin ? Aux cigognes, bien sûr ! Ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’il s’agit du tout premier projet du WWF-Belgique. Les cigognes étaient éteintes dans notre pays depuis la fin du 19e siècle. Mais au cours de notre première année d’existence, nous avons participé à changer la donne en les réintroduisant dans le Zwin. Ce projet a tout de suite été couronné de succès car, peu de temps après, nous avons pu accueillir les premiers cigogneaux depuis 1895.

Dans les années 1970, les choses ont vraiment commencé à bouger. De plus en plus d’amateurs et amatrices de nature nous ont rejoints, et nous avons rapidement pu lancer nos premiers projets internationaux. Pendant des années, le WWF-Belgique s’est concentré sur le bassin du Congo, où nous nous mobilisons aujourd’hui encore en faveur de la gestion durable des forêts tropicales.

40 ans de conservation de la nature dans et autour du parc national des Virunga

Notre projet le plus emblématique et le plus long est sans aucun doute celui mené à l’intérieur et aux alentours du parc national des Virunga, dans la partie est de la République démocratique du Congo. Depuis 1987, nous y luttons contre la déforestation. Car le parc national des Virunga est plus qu’une simple zone protégée. C’est le plus ancien parc national d’Afrique. Il s’étend sur une superficie de 7 800 km² – des sommets enneigés de la chaîne de montagnes du Rwenzori au massif des Virunga au sud, en passant par l’immense lac Édouard –, et abrite des éléphants, des buffles, des guépards… et un tiers des gorilles de montagne de notre planète.

Congo Virunga

Les conflits mettent la nature sous pression

L’est de la République démocratique du Congo est en proie à des conflits armés depuis des décennies. Des millions de personnes ont dû fuir en abandonnant tout ce qu’elles possédaient. Beaucoup ont trouvé refuge dans le parc national des Virunga et alentour. Pour survivre, elles ont besoin de terres à cultiver pour se nourrir. Et de bois pour produire le charbon de bois nécessaire à la cuisine. Pour ces communautés, l’abattage d’arbres est leur seul moyen de subsistance. De plus, des groupes armés pénètrent régulièrement dans le parc pour braconner ; le revenu de ce trafic leur permettant d’acheter de nouvelles armes.

Pas l’humain ou la nature, mais l’humain et la nature

Certes, les conflits persistants exercent une pression sans précédent sur humains et la nature. Cependant, les richesses du parc ont toujours été convoitées. Dès le début du projet en 1987 – avant même que les conflits n’éclatent –, veiller sur ces forêts uniques a donc été la priorité du WWF-Belgique. Pour ce faire, nous avons uni nos forces avec les agriculteurs et agricultrices de la région, qui plantent des arbres à croissance rapide sur les terres tampons déboisées autour du parc. Ceux-ci fournissent les matières premières pour le charbon de bois, épargnant ainsi les arbres multicentenaires à croissance lente à l’intérieur du parc. Grâce à cette approche, nous protégeons les forêts tout en permettant aux personnes déplacées de subvenir à leurs besoins élémentaires.

La lutte contre le braconnage était aussi une priorité dès le départ : nous avons aidé à délimiter les frontières du parc national et soutenons les écogardes qui y patrouillent pour décourager la coupe illégale et éviter le braconnage. Cette mission, nous la menons aujourd’hui encore. Même dans un contexte de conflits, nous continuons de veiller sur la forêt, main dans la main avec les communautés locales et les écogardes.

Pour et par la population

Au fil des ans, le projet a pris une dimension sociale et économique de plus en plus importante. Avec le soutien du WWF-Belgique, des associations de femmes ont commencé à fabriquer de petites cuisinières économes en énergie qui consomme deux fois moins de charbon de bois que les foyers ouverts traditionnels. Grâce à l’agroforesterie et à l’apiculture, les familles développent de nouvelles sources de revenus et de nourriture. Nous aidons les communautés locales à faire reconnaître officiellement leurs forêts comme des forêts communautaires, qu’elles gèrent de manière durable et autonome. Enfin, nous distribuons des digesteurs de biogaz et des kits solaires, de façon à ce que les sources d’énergie alternatives soient accessibles au plus grand nombre. D’un projet de protection de la nature classique, notre travail à l’intérieur et autour du parc national des Virunga est ainsi devenu un programme pour la nature et l’humain, pour et par la population.

Femme au Congo

Plus international et plus inclusif

Les leçons que le WWF-Belgique a tirées dans le bassin du Congo, nous les avons appliquées dans d’autres parties du monde. Peu à peu, nous avons étendu notre action aux Carpates, à l’Asie du Sud-Est et à l’Amérique du Sud. Au fil des ans, notre portefeuille de projets s’est étoffé, mais aussi notre vision : dans la nature, tout est lié.

À nos débuts, nous mettions souvent l’accent sur une seule espèce ou un seul lieu, mais pour provoquer un changement durable, nous avons dû regarder au-delà des zones protégées et des espèces emblématiques. Notre approche a donc évolué vers une conservation inclusive de la nature à l’échelle des paysages. Avec des projets qui dépassent les frontières, où les communautés locales sont aux commandes et auxquels toute la société participe, des citoyen·nes aux entreprises, en passant par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, le WWF-Belgique est actif dans les trois plus grandes forêts tropicales de notre planète, main dans la main avec les meilleurs gardiens de ces forêts : les peuples autochtones et les communautés locales qui y vivent en harmonie avec la nature, depuis des générations. Notre projet en Équateur en est un bel exemple.

Équateur : protéger les forêts…

En plus d’abriter le puissant jaguar, l’Amazonie équatorienne est aussi la terre nourricière de dix peuples indigènes, qui représentent ensemble plus d’un quart de million d’habitant·es. Ces peuples prennent soin et dépendent des ressources naturelles que la région a à offrir. La déforestation ne menace donc pas seulement la biodiversité inouïe de la région, mais aussi leur mode de vie. En 2015, l’année où nous avons lancé notre projet en Équateur, 100 000 hectares de forêt tropicale se faisaient rayer chaque année de la carte, soit à peu près la superficie du Brabant wallon. Pendant deux ans, nous avons alors soutenu Socio Bosque, un programme public qui accorde une aide financière aux communautés indigènes et aux propriétaires fonciers pour chaque hectare de forêt qu’ils protègent pendant 20 ans.

Seulement, pour avoir droit à cet argent, les communautés devaient présenter des plans : comment comptaient-elles gérer leur territoire ? Dans quoi allaient-elles investir les produits ? Cela semble simple, mais leurs territoires n’étaient souvent pas délimités officiellement. Il leur était donc difficile de protéger leurs forêts contre les intrus qui venaient y abattre des arbres pour pratiquer l’agriculture et l’élevage. Nos collègues en Équateur les ont donc aidées à cartographier leurs territoires, à établir des plans de gestion forestière, et à consigner leur souhait d’investir dans les soins de santé, l’enseignement, la protection des droits des peuples autochtones, la transformation durable du cacao et l’infrastructure touristique.

… et soutenir les paysages vivants

Au fil des ans, les communautés autochtones ont joué un rôle de plus en plus actif dans nos projets. Certain·es membres cartographient scientifiquement la biodiversité de leur territoire avec des pièges photographiques qu’ils et elles posent et entretiennent de façon autonome ; d’autres ont appris à identifier les dauphins de rivière pour en surveiller les populations. D’autres encore ont suivi une formation d’assistant·e juridique afin de défendre les droits des populations indigènes pour protéger leurs forêts et rivières, notamment des projets d’exploitation minière aux conséquences désastreuses. Les éleveurs et éleveuses participent aussi, en désignant les points chauds des conflits avec les jaguars ; en 2025, 48 se sont engagés formellement à protéger les jaguars et leurs habitats.

Aujourd’hui, la conservation de la nature en Équateur ne se limite donc plus aux seules forêts. Avec les communautés indigènes, les éleveurs et éleveuses, les scientifiques et les pouvoirs publics, le WWF participe à consolider des paysages résilients dans lesquels l’équilibre entre les forêts, les rivières, les animaux sauvages et les activités humaines est maintenu. Mais tous ces efforts ne peuvent vraiment porter leurs fruits que s’ils sont soutenus par des lois et des choix politiques forts. En plus de notre travail de terrain, voilà 60 ans déjà que nous militons pour des lois qui protègent la nature, l’humain et la faune.

Que nous réserve l’avenir ?

Ces victoires, nous les devons à des personnes comme vous : des personnes qui nous soutiennent en adoptant symboliquement un animal, en faisant des dons, en signant nos pétitions, en descendant dans les rues de Bruxelles avec nous pour participer à la marche pour le climat… Nous ne vous en remercierons jamais assez !

Equateur

Mais pas question de nous reposer sur nos lauriers, car les temps sont durs pour la nature. Nous avons donc plus que jamais besoin de votre soutien.

Sur le terrain aussi, notre travail est loin d’être terminé. Au contraire : nous entamons cette année une nouvelle stratégie ambitieuse. D’ici à 2030, nous entendons participer à :

  • mettre un terme à la perte d’habitats
  • ramener la perte d’espèces à zéro
  • réduire l’empreinte écologique de la Belgique de moitié
  • inciter les gens à agir pour la nature
  • développer le soutien au monde vivant

Ensemble, nous réalisons des progrès tangibles pour l’humain, les animaux et la nature depuis 60 ans. Nous sommes prêt·es pour les 60 prochaines années. Vous vous joignez à nous ?