À Liuwa, le miel t’aidera

À Liuwa, le miel t’aidera

Dans le parc de Liuwa, en Zambie, 10 000 personnes cohabitent avec la faune sauvage. Mais entre insécurité alimentaire et changement climatique, le quotidien n’y est pas toujours simple. Depuis un an, on y propose l’apiculture comme source alternative de revenus. Et ce projet rencontre un franc succès, notamment auprès des femmes.

« Lorsque nous avons présenté le projet d’apiculture dans l’un des villages de Liuwa, nous étions nerveux. Il était impossible de prévoir leur réaction ». Teddy Mukula travaille pour l’ONG African Parks, soutenu par le WWF-Belgique. Son objectif est de sensibiliser les communautés qui vivent dans le parc de Liuwa (Zambie) à l’importance de sauvegarder la nature, tout en leur permettant de profiter de ses bienfaits. De là vient notamment le projet de production de miel.

« Beaucoup des villageois ont déjà des sources de revenus, comme la pêche, et c’est légal. Mais avec le changement climatique, il faut se diversifier. Si un jour vient une mauvaise année, qu’il n’y a pas de poissons par exemple, il faut éviter que villageois soient contraints d’aller chasser illégalement à l’intérieur du parc. » L’apiculture est un bel exemple d’utilisation durable des ressources naturelles, puisque l’activité bénéficie aux humains tout en conservant la biodiversité, voire en l’améliorant.

Sandra, mère célibataire, pêcheuse… et apicultrice

« Ce qui nous a étonnés quand on a présenté le projet aux villageois », m’explique Teddy, « c’est la réaction des femmes. On ne les entend pas souvent, pendant les réunions, en général. Mais là, plusieurs se sont montrées très intéressées ».

Sandra Namukulo est l’une d’elles. Mère célibataire de trois enfants âgés de 4 à 11 ans, elle habite un petit village au cœur des plaines de Liuwa. Ici, on vit avec le minimum : il y a une école primaire, mais pas d’électricité, pas de réception de téléphone, et si vous devez vous faire soigner, il faut vous déplacer d’une vingtaine de kilomètres. Sandra fait partie des apicultrices pionnières du parc, un projet dans lequel elle s’est lancée corps et âme en octobre 2019… tout en conservant son activité principale de pêche et en assumant son rôle de maman. Celle qu’ils appellent « la championne » a reçu l’équipement de protection ainsi que les ruches d’African Parks. Après une formation, elle s’est mise à l’œuvre.

Tout était prêt pour démarrer sa nouvelle aventure… Oui, mais voilà, les premiers mois furent un gros flop. « L’année passée a été très difficile. La saison a été tellement sèche que les ruches n’ont pas pu être colonisées. Il n’y a eu aucun résultat », déplore Teddy. Mais cette année, c’est différent. Un jeudi matin début octobre, un an après le début du projet, Sandra s’est écriée en apercevant Teddy : « C’est incroyable, viens voir, les ruches sont colonisées ! ».

Liuwa, terre fertile qui revient de loin

Le parc de Liuwa, d’une taille comparable à la province de Namur, fait partie d'un paysage unique de plaines herbeuses qui s'inondent périodiquement. Cela provoque chaque année le spectacle époustouflant de l’une des plus grandes migrations de gnous du continent.

Liuwa est un exemple vivant de la façon dont les êtres humains et la faune peuvent coexister et bénéficier d’un paysage partagé. Mais cette cohabitation n’a pas toujours été simple, et les défis restent nombreux aujourd’hui. « La sécurité alimentaire est un problème majeur ici. Et quand les gens manquent d’alternatives, on peut parfois arriver à des résultats catastrophiques ». En me disant ça, Teddy fait allusion au braconnage qui, jusqu’en 2003, avait quasiment vidé les plaines de toute vie sauvage.

Aujourd’hui, les populations d’animaux sauvages, dont les zèbres, les gnous, les guépards et les lions, se rétablissent, mais le chemin est encore long pour arriver à l’équilibre idéal.

Afin de créer une osmose entre les villageois et la faune et la flore sauvages, African Parks ne mise pas uniquement sur le miel. Depuis les formations en agriculture jusqu’à la sensibilisation des enfants dans les écoles, en passant par la prévention des conflits avec les prédateurs, tout est prévu pour une cohabitation qui respecte chaque être vivant.

Un bilan encourageant

L'avenir de Liuwa est inextricablement lié au bien-être de ses habitants. Si nous n’avons pas encore de conclusion chiffrée à ce jour, une chose est certaine : ce projet permet non seulement d'accroître leur sécurité alimentaire et de renforcer leur résistance au changement climatique, mais il leur offre également un avenir plein d'espoir et de possibilités. 

Les populations locales, alliées pour la conservation

Le WWF est convaincu que, pour protéger efficacement et durablement la nature, il est indispensable d’inclure étroitement l’humain. C’est pourquoi les communautés locales sont au centre de notre travail de conservation. Nos plus grands succès se réalisent lorsque nous mettons en place des solutions qui protègent les richesses du monde naturel, tout en apportant un bien-être et une prospérité aux communautés locales qui habitent au cœur de ces paysages.