La Belgique, plaque tournante européenne du commerce des espèces animales et végétales sauvages ?

07/11/2018 12:28pm

Ce mercredi 7 novembre 2018, le WWF-Belgique présentera au Parlement fédéral un rapport sur le commerce des animaux et des plantes sauvages en Belgique. Une semaine après la publication du Rapport Planète Vivante, dont il ressortait que l’humain est responsable d’un recul de 60 % des populations d'animaux sauvages, il est plus que jamais évident que la Belgique doit elle aussi prendre ses responsabilités.

 

Le commerce international d’espèces sauvages constitue l’un des marchés les plus lucratifs au monde. Comme l’a récemment démontré le Rapport Planète Vivante du WWF, il s’agit également de l’une des principales causes du déclin spectaculaire des populations d’animaux sauvages. L’Union européenne (UE) constitue un marché et une voie de transit importants pour le commerce légal et illégal des espèces sauvages. Par sa situation centrale, la Belgique occupe également une position clé. Cependant, les informations sur les tendances et le rôle concret de la Belgique dans ce commerce des espèces restent limitées et peu accessibles.

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Le WWF a donc mandaté TRAFFIC pour procéder à une compilation et une analyse des faits et chiffres disponibles sur les espèces couvertes par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) pour la période 2007-2016 afin d’avoir une meilleure compréhension des principaux produits commerciaux, tendances et partenaires impliqués.

Le commerce illégal des espèces sauvages, source un des plus importante de revenus pour les groupes armés

Le commerce international des espèces sauvages (animales et végétales) constitue une menace croissante pour la biodiversité, la santé publique et la stabilité socio-économique d’un certain nombre de pays. Les revenus élevés et les faibles risques font que ce commerce illicite figure aujourd'hui parmi les dix secteurs criminels transfrontaliers les plus rentables au monde (au même titre que le trafic de marchandises contrefaites, de drogues et d’armes). Le commerce illégal d’espèces est aujourd’hui, avec d'autres formes de criminalité environnementale, la principale source de revenus des groupes armés dans le monde.

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L'Union européenne (UE) constitue un marché et une voie de transit importants pour le commerce légal et illégal d’espèces sauvages, parmi lesquelles des animaux et des plantes CITES. En 2014, les importations d’animaux CITES et de leurs produits ont été estimées à 641 millions d'euros, alors que l’UE en a pour sa part (ré)exporté pour environ 1,1 milliard d'euros. En ce qui concerne la flore CITES, ces chiffres s’élevaient respectivement à 261 et 91 millions. Il est plus difficile d’évaluer la part européenne dans le commerce illicite en raison de son caractère clandestin. INTERPOL et le PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) parlent cependant d’un chiffre d'affaires annuel mondial se situant entre 4 et 20 milliards d’euros. En 2016, l’UE a adopté un plan d’action invitant les États membres à intensifier leurs efforts pour améliorer l’application de la législation, la coopération et la prévention dans la lutte contre le commerce illégal des espèces.

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En raison de sa situation centrale, la Belgique occupe, en Europe, une position clé dans le transport de personnes et de biens. L'aéroport de Zaventem est, pour les vols commerciaux, l’un des 15 aéroports européens les plus fréquentés et Anvers se classe au deuxième rang en termes de fret maritime. Des plaques tournantes si fréquentées créent des opportunités tant pour le commerce légal d’espèces sauvages que pour le trafic illégal. Des études antérieures avaient déjà pointé notre pays comme étant un important marché (de transit) illégal pour les espèces CITES, en ce compris pour l’ivoire et les reptiles. En 2016, la Belgique était le troisième importateur de bois en Europe, et, à plusieurs reprises, des constatations de commerce illégal ont été mentionnées.

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La Belgique, important importateur de reptiles et d’autres espèces CITES

L’analyse du commerce légal démontre que la Belgique est un importateur important de produits à base de reptiles en Europe, en particulier de viande de crocodile du Nil (Crocodylus niloticus Laurenti, principalement du Zimbabwe) pour le marché national et/ou européen. La Belgique occupe le deuxième rang pour les importations de produits végétaux, notamment du bois de sciage de teck africain (Pericopsis elata (Harms) Meeuwen, du Cameroun et du Congo) et de l’écorce médicinale du prunier d’Afrique (Prunus africana (Hook.f.) Kalkman). Les autres produits commercialisés en et/ou via la Belgique sont le caviar, les amphibiens et les sculptures en dents d'hippopotame.

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Les données relatives aux saisies indiquent que la Belgique est un acteur (intermédiaire) important dans le commerce illégal des espèces CITES, telles que les plantes médicinales, l’ivoire, les hippocampes et les reptiles. Ces produits en provenance principalement d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale transitent sur notre territoire par voie aérienne et par les services postaux vers la Chine. Par ailleurs, il semble y avoir un écart important entre le rôle important de la Belgique en tant qu'importateur de bois et le faible nombre de saisies de bois illégal. Une constatation similaire peut être faite pour l’importation de viande sauvage (« viande de brousse ») en provenance d’Afrique.

Les recommandations du WWF ? Un plan d’actions s’il vous plaît !

Le WWF demande aux autorités belges d’accorder à la lutte contre le commerce illégal des espèces une plus grande priorité dans l'agenda politique en raison de son impact majeur sur la biodiversité et de son lien avec la criminalité internationale. Le commerce des espèces sauvages nécessite une approche interministérielle et intersectorielle. En plus des compétences fédérales et régionales en matière d’environnement et de santé publique, les principales tâches incombent aux autorités douanières, policières et judiciaires.

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Afin d'assurer une coopération coordonnée entre toutes les instances compétentes, le WWF réclame l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d'actions national accompagné d’une vision politique à long terme. Ce plan s’inscrira dans la ligne de l’actuel et du futur plan d'action européen (que la Belgique a co-approuvé en 2016). Une telle approche planifiée fournira un meilleur cadre pour les activités existantes de lutte contre le trafic illégal et assurera leur continuité et leur suivi sur plusieurs cycles politiques. Le plan devra entre autres comprendre des actions concernant la concertation et la coopération, la reconnaissance du rôle de la police fédérale, un monitoring transparent, des contrôles plus nombreux et plus efficaces de la part des douanes et des autres services d'inspection ainsi qu’un renforcement du système judiciaire pour améliorer les sanctions.